Si vous ou un proche avez été accusé d’un crime au Québec depuis la mi-juillet 2026, les règles sur la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine ne sont plus tout à fait les mêmes. Si l’accusation a été portée avant cette date, la situation est moins nette — voir la première question de la FAQ.
Le projet de loi C-14, la Loi sur des mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine, a reçu la sanction royale le 15 juin 2026. Ses principales dispositions sont entrées en vigueur le 15 juillet 2026.
En résumé : pour une liste précise d’infractions graves et violentes, il est maintenant plus difficile d’être remis en liberté pendant les procédures. Du côté des peines, certaines doivent désormais être purgées l’une après l’autre plutôt qu’en même temps.
Rien de tout cela ne signifie que le système s’est retourné contre vous. La présomption d’innocence s’applique toujours, votre droit à un avocat n’a pas changé et le déroulement d’une audience de mise en liberté au Québec demeure le même. Ce qui a changé, c’est quels dossiers comportent un fardeau inversé et ce que le juge doit soupeser.

Qu’est-ce que le projet de loi C-14, et quand est-il entré en vigueur
Le projet de loi C-14 est une loi fédérale qui apporte plus de 80 modifications ciblées au Code criminel, à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents et à la Loi sur la défense nationale.
Selon le résumé du projet de loi C-14 du ministère de la Justice, ses principales mesures sont entrées en vigueur le 15 juillet 2026, soit 30 jours après la sanction royale.
Un plus petit groupe de modifications — surtout des règles de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents sur la durée de conservation des dossiers — entrera en vigueur plus tard, par décret distinct. Aucune date n’a été annoncée.
Comme la loi n’a que quelques semaines, le texte codifié du Code criminel n’était pas encore à jour en août 2026. C’est normal pour une loi toute neuve, mais c’est pourquoi cet article décrit les changements en langage clair plutôt qu’en citant des numéros d’articles.
Les décisions de mise en liberté après le projet de loi C-14 : le fardeau inversé
Le « renversement du fardeau de la preuve » — aussi appelé le fardeau inversé — n’a rien de nouveau : il existait déjà pour certaines accusations graves. Normalement, c’est la Couronne qui doit convaincre le juge de vous garder détenu; avec le fardeau inversé, c’est vous qui devez convaincre le juge de vous libérer.
Le projet de loi C-14 n’a pas inventé cet outil. Selon le résumé du ministère de la Justice, il a élargi la liste des accusations visées :
- Le vol de véhicule violent ou lié au crime organisé
- L’introduction par effraction dans une résidence
- La traite de personnes et le passage de clandestins
- Les voies de fait et agressions sexuelles avec étranglement ou suffocation
- L’extorsion avec violence
- Les infractions violentes graves lorsque l’accusé a déjà deux condamnations ou plus pour des infractions semblables
- Les infractions où de la violence a été exercée, menacée ou tentée avec une arme — le fardeau inversé tient maintenant compte des condamnations antérieures des dix dernières années plutôt que des cinq dernières
La loi nomme aussi deux éléments dont le tribunal doit tenir compte expressément : le nombre et la gravité de vos accusations en instance — un facteur lié à la confiance du public envers l’administration de la justice — et le fait que vous soyez accusé ou non d’une infraction commise avec usage ou tentative de violence aléatoire et non provoquée.
Si votre accusation fait partie de ces catégories, la mise en liberté n’est pas exclue. L’audience se déroule simplement autrement : votre avocat prépare un plan de libération — une caution (une personne qui accepte de vous superviser et de s’engager à verser une somme d’argent si vous ne respectez pas vos conditions), une adresse stable, des conditions réalistes.
Ce plan est présenté au juge, plutôt que de chercher des failles dans la preuve de la Couronne.
Si vous faites face à des accusations comme des voies de fait, du vol, de la fraude ou de la conduite avec facultés affaiblies, notre page sur les services d’avocat en défense criminelle explique notre approche dès la première rencontre.
Ce qui a changé en matière de détermination de la peine
Parmi tous les changements, quelques-uns touchent surtout les situations que nous voyons le plus souvent. Ils ne représentent pas l’ensemble de la loi, mais ce sont ceux qui risquent le plus d’influer sur un dossier individuel.

Premièrement, deux combinaisons doivent maintenant être purgées consécutivement plutôt que concurremment : l’extorsion avec incendie criminel, et le vol de véhicule violent ou organisé avec introduction par effraction. Pour d’autres infractions violentes répétées, le tribunal doit au moins envisager des peines consécutives.
Deuxièmement, de nouveaux facteurs aggravants s’ajoutent : les attaques contre les premiers répondants et les employés du transport en commun, le vol organisé au détail, et les dommages aux infrastructures essentielles — une catégorie liée directement au vol de cuivre.
Troisièmement, les ordonnances de peine avec sursis — la détention à domicile — sont éliminées pour les infractions sexuelles graves, y compris celles poursuivies par mise en accusation et celles visant des victimes de moins de 18 ans.
La loi rétablit aussi le pouvoir du tribunal d’imposer des interdictions de conduire en cas d’homicide involontaire coupable et de négligence criminelle causant la mort ou des lésions corporelles.
Un point mérite d’être dit clairement : rien dans le résumé du gouvernement n’indique de nouvelles peines minimales obligatoires. Si vous lisez un titre qui affirme le contraire, prenez-le avec prudence.
Mise en liberté et détermination de la peine : avant et après le 15 juillet 2026
Le tableau ci-dessous présente les principaux changements côte à côte.
| Domaine | Avant le 15 juillet 2026 | Après le 15 juillet 2026 |
| Fardeau inversé à l’enquête sur remise en liberté | S’appliquait à une liste plus restreinte d’infractions | Élargi au vol de véhicule violent ou organisé, à l’introduction par effraction dans une résidence, à la traite de personnes, à l’étranglement lors de voies de fait, à l’extorsion avec violence et à la violence avec arme en cas de condamnation antérieure au cours des dix dernières années |
| Confiance du public envers la justice (le « troisième motif ») | Les juges évaluaient la confiance du public en termes généraux | Les juges doivent expressément tenir compte du nombre et de la gravité des accusations en instance, et du fait que l’infraction a été commise ou non avec violence aléatoire et non provoquée |
| Peines avec sursis (détention à domicile) | Pas exclues de façon générale pour les infractions sexuelles | Éliminées pour les infractions sexuelles graves, y compris celles visant des victimes de moins de 18 ans |
| Extorsion + incendie criminel, ou vol de véhicule + introduction par effraction | Les peines pouvaient être concurrentes, à la discrétion du juge | Les peines consécutives sont maintenant obligatoires pour ces combinaisons précises |
| Facteurs aggravants | Ne visaient pas les premiers répondants, les employés du transport en commun ni les dommages aux infrastructures | Nouveaux facteurs aggravants pour les attaques contre les répondants et employés du transport, et pour les infrastructures et le vol de cuivre |
Ce qui n’a pas changé
La présomption d’innocence demeure le fondement du système : être accusé n’est pas être condamné.
Votre droit garanti par la Charte de ne pas être privé sans juste cause d’une mise en liberté assortie d’un cautionnement raisonnable (alinéa 11e)) reste pleinement en vigueur. Le projet de loi C-14 a élargi les cas à fardeau inversé; il n’a pas retiré le droit à une audience.
Votre droit de parler à un avocat au moment de l’arrestation ou de la détention (alinéa 10b) de la Charte) n’a pas été touché. Pour plus de détails, consultez notre guide sur vos droits lors d’interactions avec la police.
Les plafonds de délais établis par l’arrêt R. c. Jordan — 18 mois en cour provinciale, 30 mois en cour supérieure (ou en cour provinciale avec enquête préliminaire) — demeurent inchangés.

Comment cela se traduit en pratique au Québec
La plupart des dossiers criminels, y compris les audiences tenues au palais de justice de Montréal, relèvent de la Cour du Québec, chambre criminelle et pénale. Les dossiers plus graves vont à la Cour supérieure.
Le bureau des poursuites, ici, c’est le DPCP (Directeur des poursuites criminelles et pénales). C’est le procureur du DPCP au dossier qui décide si la Couronne s’oppose à votre remise en liberté.
Si vous êtes libéré, les conditions habituelles comprennent l’interdiction de contact avec la victime alléguée, l’interdiction de posséder des armes, des restrictions géographiques et parfois un couvre-feu. Le respect des conditions est généralement vérifié par la police; dans certains cas, le tribunal ajoute une supervision par un agent de probation des Services correctionnels du Québec.
Si vos revenus le permettent, l’Aide juridique, par l’entremise de la Commission des services juridiques, peut couvrir votre représentation.
À noter : en août 2026, même Éducaloi indique que sa page sur l’enquêtes sur remise en liberté est « en révision ». La documentation de référence rattrape encore le projet de loi C-14 — d’où l’importance de parler à un avocat qui suit ces changements.
Si vous n’êtes pas citoyen canadien : les enjeux d’immigration
Pour un résident permanent, un résident temporaire ou une personne sans statut, une accusation criminelle comporte un second niveau de risque, en plus du dossier criminel lui-même.
En vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR), une déclaration de culpabilité peut entraîner un constat de « grande criminalité » lorsque l’infraction est passible de dix ans ou plus, ou lorsque la peine imposée dépasse six mois. Ces seuils comptent surtout pour les résidents permanents.
Pour les étrangers — résidents temporaires ou personnes sans statut —, d’autres dispositions de la LIPR peuvent entraîner une interdiction de territoire bien en deçà de ces seuils : l’exposition au risque est plus large, et non plus restreinte.
Comme le projet de loi C-14 rend les peines consécutives obligatoires pour certaines combinaisons, une peine pourrait être plus longue qu’avant — et se rapprocher, dans certains cas, du seuil de six mois. Le gouvernement n’a pas établi ce lien directement; c’est une possibilité à soulever avec un avocat, pas une certitude.
Si le statut d’immigration fait partie de votre situation, il doit orienter la gestion du dossier criminel dès la première comparution, et non être réglé plus tard.

Que faire dans les 24 à 72 premières heures
Quelques mesures pratiques comptent plus que tout dans les premières heures :
- Connaître la règle des 24 heures. En vertu de l’article 503 du Code criminel, une personne détenue doit être conduite devant un juge sans délai injustifié, et dans les 24 heures si un juge est disponible. Le projet de loi C-14 n’a rien changé à cette règle.
- Exercer votre droit à l’avocat. Demandez à parler à un avocat dès votre détention, avant de répondre à des questions sur l’infraction reprochée.
- Commencer le plan de libération. Si un fardeau inversé peut s’appliquer, votre avocat voudra savoir rapidement qui pourrait agir comme caution, où vous habiteriez et quelles conditions vous pourriez respecter.
- Prendre les conditions au sérieux. Le non-respect d’une condition peut entraîner une accusation distincte et met votre remise en liberté en jeu.
Pour un survol plus complet du déroulement d’une audience, consultez notre guide sur les enquêtes sur remise en liberté au Québec.
Exemples de cas réels
Les exemples suivants sont fournis à titre illustratif seulement; il ne s’agit pas de clients ni de dossiers réels.
Un jeune homme de Montréal est arrêté après être prétendument entré de force chez un voisin lors d’une dispute. Comme l’introduction par effraction dans une résidence relève maintenant du fardeau inversé, c’est à lui de justifier sa remise en liberté.
Son avocat consacre les 48 premières heures à trouver une caution — sa sœur, sans antécédents, domicile stable — et à préparer un plan écrit. Le juge conserve toute sa discrétion; le fardeau inversé ne garantit rien, mais il change ce qui doit être prêt avant l’audience.
Une résidente permanente est accusée à la suite d’une altercation en milieu de travail. Son avocate signale tôt qu’une peine approchant six mois pourrait entraîner des conséquences en immigration sous la LIPR. Cela oriente la stratégie dès la première rencontre, plutôt qu’après un plaidoyer.
Foire aux questions
1. Le projet de loi C-14 s’applique-t-il aux accusations portées avant le 15 juillet 2026?
Les principales dispositions sont entrées en vigueur le 15 juillet 2026. Leur application à une accusation antérieure peut dépendre de l’étape où en était le dossier à ce moment — à confirmer avec un avocat pour votre dossier précis.
2. Le « fardeau inversé » signifie-t-il que je suis présumé coupable?
Non. Le fardeau inversé touche seulement la décision sur la remise en liberté pendant les procédures. Au procès, la Couronne doit toujours prouver l’accusation hors de tout doute raisonnable.
3. Puis-je quand même être libéré si mon accusation fait partie des nouvelles catégories?
La libération demeure possible. La différence est la préparation : comme le fardeau vous revient, le plan — caution, adresse, conditions, contact avec la partie plaignante — doit généralement exister avant l’audience, et non être bâti pendant celle-ci.
4. Quand devrais-je aborder mon statut d’immigration avec un avocat criminaliste?
Dès la première rencontre, avant toute décision sur le plaidoyer. L’exposition en immigration dépend beaucoup de la peine imposée, et la durée d’une peine peut se plaider — mais généralement seulement tant que le dossier est ouvert.
5. S’il n’y a pas de nouvelles peines minimales, qu’est-ce qui peut allonger ma peine?
Deux mécanismes. Lorsque les combinaisons d’infractions nommées dans la loi s’appliquent, les peines doivent être purgées l’une après l’autre. Et lorsqu’un nouveau facteur aggravant est présent, le juge doit en tenir compte.
Cet article est fourni à des fins d’information générale et éducative seulement et ne constitue pas un avis juridique. Sa lecture ne crée aucune relation avocat-client entre vous et Guzun & Associates. Le projet de loi C-14 est entré en vigueur le 15 juillet 2026, et la jurisprudence interprétant ses dispositions sur la mise en liberté et la détermination de la peine est encore en développement devant les tribunaux québécois. L’application de ces changements à une accusation, à une audience ou à une peine précise dépend des faits du dossier et doit être vérifiée directement avec un avocat.
Une audience de mise en liberté sous caution vous attend sous les nouvelles règles?
Si vous ou un membre de votre famille avez été arrêté depuis l’entrée en vigueur de ces changements, les détails de votre accusation comptent plus que jamais. Réservez votre appel d’orientation gratuit : une conversation brève et sans engagement pour comprendre les prochaines étapes.
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